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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 00:04

I. Le modèle suédois : retour sur un concept ancien

 

I.1 Le concept de modèle suédois est apparu pour la première fois sous la plume d’un journaliste américain en 1936 : Marquis William Child. Son livre intitulé Sweden the Middle Way visait à mobiliser la référence à la Suède comme soutien à la politique du New Deal initiée aux Etats-Unis. L’ironie est qu’à l’époque aucun des éléments constitutifs du modèle suédois n’existe encore.

 

I.2 Le modèle suédois est mis en œuvre en 1957. Il est défini par deux économistes affiliés à la confédération syndicale LO : Gösta Rehn et Gustaf Meidner. Ce modèle repose sur les éléments suivants :

 

- Une politique de détermination équitable des salaires qui s’appuyait sur :


   - Une  négociation centralisée des salaires entre la confédération syndicale LO et la confédération patronale SAF instituée par les accords de Saltsjöbad en 1938.

    - L’application du principe d’une rémunération égale à travail égal quelle que soit la branche.

 

- Une politique active de l’emploi qui accompagnait les restructurations industrielles au travers :

 
   - de la formation professionnelle.

   - des aides à la mobilité géographique.


   - de la constitution d’un service public de la petite enfance pour favoriser l’emploi des femmes.


   - d’aides ponctuelles à l’embauche pour les entreprises en expansion.

 

- Une politique fiscale restrictive afin de :

 
   - limiter l’inflation en ponctionnant les excédents de revenus.

 

- Une politique budgétaire et monétaire restrictive qui avait une double vocation :

    - limiter l’inflation.

  - constituer une réserve financière publique afin de disposer de capacités excédant les stabilisateurs automatiques en phase basse du cycle économique.

 

II. Le retour en grâce des pays scandinaves : le modèle nordique

 

II.1 A la fin des années 1990, le modèle nordique commence à redevenir une référence au niveau international consécutivement aux réformes entreprises au cours de la décennie 1990. Il présente toutefois un paradoxe au regard des prescriptions internationales puisqu’il repose sur :

Un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde :

 

- 51% en Suède

- 50% au Danemark

- 44,5% en Norvège et en Finlande

- 41% en Islande

- 44,2% en France


Un consensus social autour des prestations sociales élevées qui résiste à l’alternance politique au Danemark en Suède. Dépenses sociales :

 

- 41,4% des dépenses publiques au Danemark

- 42,9% en Suède

- 42,3% en Finlande

- 38,9% en Norvège


Existence d’une forte homogénéité sociale mesurée par le coefficient de Gini  (seuil de pauvreté monétaire correspondant à la moitié du revenu moyen des ménages). Le taux de pauvreté est de 9% dans l’ensemble des sociétés nordiques, à l’exception de l’Islande où il atteint 10% contre 16% en France (en 2000).

 

Résultats du coefficient de Gini (données 2005, PNUD) :

 
   - 1er Danemark

   - 3ème Suède

   - 6ème Norvège

   - 10ème Finlande

 

A titre de comparaison : France 34ème, Royaume-Uni 51ème et Etats-Unis 74ème.

 

II.2 Le secteur public assume la responsabilité du financement et de la fourniture des services sociaux pour l’ensemble des citoyens. Ainsi :

 

  - L’objectif ultime de l’Etat-providence dans les pays nordiques est de garantir l’existence d’un filet de sécurité à l’ensemble des citoyens.

  - Le financement de la protection sociale n’est pas assuré par l’endettement.

  - La fiscalité ne pèse pas sur la compétitivité prix des entreprises.

 

II.3 Les résultats obtenus en la matière par les pays nordiques reposent sur :

- Une fiscalité qui pèse peu sur la formation des prix et qui n’handicape pas l’activité économique. La clé de cette fiscalité réside dans une assiette élargie par rapport à la situation française caractérisée par de nombreuses exonérations fiscales.

 

- Une flexibilité rendue possible par une concertation généralisée entre les partenaires sociaux au sein de l’entreprise (détermination des salaires, des conditions de travail,…). Les pays nordiques se caractérisent par la réticence du législateur à intervenir dans les matières relevant de la compétence des partenaires sociaux.

 

- L’absence d’un statut de la fonction publique qui permet un ajustement plus rapide des effectifs et des compétences.

 

- Une saine gestion des finances publiques en raison du contrôle exercé par le Parlement. Contrôle qui repose sur des simulations des trajectoires d’endettement.

 

- La qualité de la gestion de l’argent public se retrouve dans le classement des pays les moins corrompus, établi chaque année par l’ONG Transparency International :


   
- 1er ex-aequo : Finlande et Islande
   - 4ème Danemark

   - 6ème Suède

   - 8ème Norvège


A titre de comparaison :
Royaume-Uni 11ème, France 18ème et Etats-Unis 20ème.

 

- Un taux d’activité très important pour assurer le financement de la protection sociale :

 
- 80,4% au Danemark
- 74,3% en Finlande
- 86,7% en Islande 
- 78,9% en Norvège
- 78,6% en Suède
- A titre de comparaison, 69,3% en France (source OCDE, 2005).

 

- Un investissement important dans l’éducation et la formation professionnelle afin d’assurer la reconversion des individus pour accompagner les mutations de l’activité économique.

 

- Une forte attractivité de l’économie attestée par l’indicateur d’attractivité établi chaque année par le Forum économique mondial (source FEM 2006) :

   - 1er Finlande

   - 2ème Suède

   - 3ème Danemark

   - 5ème Islande

   - 7ème Norvège


A titre d’exemple :
Etats-Unis 4ème, Royaume-Uni 13ème, France est 32ème.

 

- Cet excellent classement tient notamment à l’importance des nouvelles technologies. Le classement de l’intensité technologique des économies dressé par le Forum économique mondial révèle ainsi que :

 
    - 3ème Suède

   - 4ème Finlande

   - 7ème Danemark

   - 8ème Islande

   - 12ème  Norvège


A titre de comparaison :
Etats-Unis 1er, Royaume-Uni 17ème et France est 31ème.

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commentaires

Seb Per 27/09/2009 18:50


Bonjour

Merci pour cet article.

Vivant en Finlande et etant entrepreneur depuis 10 ans, je comprends tout a fait l'auteur du message precedent. La population finlandaise est peu encline au travail, et prefere de loin la vie
familiale, les congés et les arrets maladie plutot que la performance individuelle dans la carriere. L absenteisme legal est un fleau. La raison est a mon avis simple: la progressivité des revenus
net disponibles est litteralement tondue par celle des prelevements obligatoires. Ce qui fait que l effort individuel est decouragé par la redistribution. Le niveau de prelevement obligatoire est
comparable en france (source eurostat) mais il y a une tres grande difference: le cout de la vie est environ 15% moins cher en France ( eurostat) et le revenu net disponible apres transferts
sociaux est plus bas en Finlande. Resultat : le pouvoir d achat reel des Finlandais est apres redistribution et depenses "incompressibles" ( logement, alimentation, habillement necessaire- pas la
mode) beaucoup plus bas que celui des francais. Et de plus nivellé vers le bas. Cette cherté de la vie n est pas seulement du a l eloignement du continent europeen ou au climat mais aux structures
economiques ( voir plus bas).

Cela donne une société tres homogene qui n exclue pas, mais qui englobe tout le monde dans une enorme classe moyenne, qui ne peut trouver aucun moyen de se diversifier et pour cause: les
entreprises hors Hi-tech afin de soutenir leur competitivité sont obligées de se concentrer enormément et on se trouve en permanence sur chaque secteur en face d oligipoles ou du duopoles
pratiquant des prix prohibitifs. Exemple : deux groupes de distribution S Ryhmä et Kesko controlent 80% de la distribution a eux deux ( source Helsingin Sanomat premier quotidien finlandais). De
plus les cas de cartels ( asphalte, metaux, construction)et les abus de position dominante sont devenus avec le temps tres courants. Ils ne sont jamais ou rarement denoncés par les autorités de la
concurrence mais bien par la commission europeenne qui intervient, malheureusement pas assez souvent. Il est tres difficile voire impossible de se lancer dans les affaires a cause de ce
verrouillage en regle: le ticket d entrée est tres elevé, sauf en cas de croissance explosive ( 1995-2001), ou de bulle Hi-Tech.
De facon tres eclairantes les structures de production appartiennent ( hors secteur Hi Tech et Nokia) appartiennent soit a du capital ancien ( vieilles familles finlandaises et suedophones) soit a
l etat finlandais lui meme.
Pour moi, la remarquable stabilité et reussite du modele nordique tient en fait a l homogeneité ethnique et a la docilité des populations qui est inculquée en principe de base des la creche, ainsi
qu a un certain chauvinisme discret, parfois doublé d un certain racisme et d'un sentiment de superiorité sur le reste de l Europe. Pour moi ce systeme unique n est pas transposable en France, pays
revendicatif et individualiste.


tori 19/07/2014 23:50

La raison de ces duopoles n'est t-elle pas dû avant tout à la faible populaion du pays ?! 5.1millions d'habitant soit moins de 10% de la pop. francaise.

Je suis pas d'accords pour dire que les francais sont revendicatif et individualiste. Certe on manifeste et nous faisons grêve , ca passe dans les médias et c'est spectaculaire mais au final les réforme passe belle et bien les une après les autres (mince l'écotaxe me fait mentir pour le moment).
Et individualiste non , non et non ! nous sommes nous aussi un pays du club très fermé des pays nordiques , de ceux qui ont un taux de prélèvement obligatoire supérieur à 40%.
La légende de l'aide sociale francaise dispendieuse n'est plus à faire.

Philippe 04/02/2008 18:35

Vous avez probablement raison . Mon analyse est biaisée par ma propre expérience et je ne possède pas de vue globale ni de connaissances importantes en économie. C'est vu du petit coté de la lorgnette. Il est vrai que le travail à temps partiel est beaucoup plus favorisé ici, d'autant plus que les impôts se paient séparément. Néanmoins mon sujet d'inquiétude concerne l'absentéisme qui est reconnu comme un föéau ici.

Philippe 04/02/2008 15:32

Merci pour cette intéressante synthèse, je vis le modèle Suédois au quotidien depuis 4 ans. Je travaille dans l'industrie. je m'interroge néanmoins beaucoup sur la perennité d'un tel modèle. En effet le taux équivalent temps plein est l'un des plus élevés au monde, ceci combiné au taux d'absentéisme important rend le pays de moins en moins compétitif. Il ne faut pas oublier qu'un employé a en moyenne 5-6 semaines de congés, on peut ajouter 2,5 de congés "arbetstidsförkotning" par mois (on comparera cela au RTT), et parfois le "flextid" (un empoyé travaillant plus de 7,6 heures pourra la rattraper. Bref il n'est pas rare de voir des gens prendre 6-8 semaines de congés d'un coup. Enfin les parents ont le droit de prendre 60 jours "maladie pour enfants" (VAB) sans justificatifs on peut prendre 10 jours "maladie" à la suite avant de le justifier avec l'avis d'un médecin. Je vis cet absentéisme au quotidien sans parler des congés parentaux qui peuvent vous priver d'un employé clé pendant plus d'un an (390 jours jusqu'aux 8 ans de l'enfant). Jusqu'à quand cela va t il durer ? à ce rythme là la France est beaucoup plus compétitive même avec le système des 35 heures. le seul point "positif" est la couverture sociale: très pauvre en Suède comparée à la France. Donc leur "trou de la sécu" est raisonable.

Cyril Coulet 04/02/2008 16:38

Je ne comprends pas tout à fait le sens de votre remarque. En effet, la loi a fixé à 5 semaines le nombre des congés payés par an en France, ce qui est tout à fait comparable à la situation suédoise. En outre, le parti social-démocrate ainsi que la nouvelle coalition au pouvoir se sont attelés à instaurer un meilleur contrôle des congés maladie. Par ailleurs, il me semble que vous négligez d'intégrer la dimension macro économique dans votre analyse. En effet, la volonté des gouvernements suédois successifs a été de promouvoir un taux d'activité important, y compris en encourageant des alternatives au travail à temps plein. En effet, 80% de cotisants au régime de sécurité social offre une meilleure viabilité financière que 69% comme c'est le cas actuellement en France. Dès lors, la pérennité du modèle français me semble plus inquiétante que celle du  modèle suédois.

François 01/02/2008 08:39

Bonne synthèse. Il y a bien sûr des différences entre la pratique au quotidien, l'application des principes et la théorie elle-même.
Un autre point est aussi l'acceptation par la population de ce système. Cependant, on voit une tendance de course aux salaires qui risque de déséquilibrer le tout.

Cyril Coulet 01/02/2008 20:08

Je tiens à vous remercier en premier lieu d'avoir posté ce commentaire car il est frustrant de constater que la fréquentation du blog augmente sans avoir de retour sur les articles mis en ligne. Je partage par ailleurs vos inquiétudes sur les risques de déséquilibre du système induit par la course aux primes et à la rémunération. La fin des négociations centralisées pour la détermination des salaires en 1990 a en effet induit une progression dans la disparité des revenus. En revanche, il est à noter qu'en dépit des réformes menées, la fiscalité conserve un rôle d'homogénisation sociale en raison de sa forte progressivité.

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  • : Les pays nordiques accumulent les paradoxes: syndicalisme fort et dialogue social, libéralisme économique et cohésion sociale, services publics performants et absence de statut de la fonction publique ... Ces contradictions apparentes méritent un détour par le nord.
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