I. Le modèle suédois : retour sur un concept ancien
I.1 Le concept de modèle suédois est apparu pour la première fois sous la plume d’un journaliste américain en 1936 : Marquis William Child. Son livre intitulé Sweden the Middle Way visait à mobiliser la référence à la Suède comme soutien à la politique du New Deal initiée aux Etats-Unis. L’ironie est qu’à l’époque aucun des éléments constitutifs du modèle suédois n’existe encore.
I.2 Le modèle suédois est mis en œuvre en 1957. Il est défini par deux économistes affiliés à la confédération syndicale LO : Gösta Rehn et Gustaf Meidner. Ce modèle repose sur les éléments suivants :
- Une politique de détermination équitable des salaires qui s’appuyait sur :
- Une négociation centralisée des salaires entre la confédération syndicale LO et la
confédération patronale SAF instituée par les accords de Saltsjöbad en
1938.
- L’application du principe d’une rémunération égale à travail égal quelle que soit la
branche.
- Une politique active de l’emploi qui accompagnait les restructurations industrielles au travers :
- de la formation professionnelle.
- des aides à la mobilité géographique.
- de la constitution d’un service public de la petite enfance pour favoriser l’emploi des
femmes.
- d’aides ponctuelles à l’embauche pour les entreprises en expansion.
- Une politique fiscale restrictive afin de :
- limiter l’inflation en ponctionnant les excédents de revenus.
- Une politique budgétaire et monétaire restrictive qui avait une double vocation :
- limiter l’inflation.
- constituer une réserve financière publique afin de disposer de capacités excédant les stabilisateurs automatiques en phase basse du cycle
économique.
II. Le retour en grâce des pays scandinaves : le modèle nordique
II.1 A la fin des années 1990, le modèle nordique commence à redevenir une référence au niveau international consécutivement aux réformes entreprises au cours de la décennie 1990. Il présente toutefois un paradoxe au regard des prescriptions internationales puisqu’il repose sur :
Un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde :
- 51% en Suède
- 50% au Danemark
- 44,5% en Norvège et en Finlande
- 41% en Islande
- 44,2% en France
Un consensus social autour des prestations sociales élevées qui résiste à l’alternance politique au
Danemark en Suède. Dépenses sociales :
- 41,4% des dépenses publiques au Danemark
- 42,9% en Suède
- 42,3% en Finlande
- 38,9% en Norvège
Existence d’une forte homogénéité sociale mesurée par le coefficient de Gini (seuil de pauvreté
monétaire correspondant à la moitié du revenu moyen des ménages). Le taux de pauvreté est de 9% dans l’ensemble des sociétés nordiques, à l’exception de l’Islande où il atteint 10% contre 16%
en France (en 2000).
Résultats du coefficient de Gini (données 2005, PNUD) :
- 1er Danemark
- 3ème Suède
- 6ème Norvège
- 10ème Finlande
A titre de comparaison : France 34ème, Royaume-Uni 51ème et Etats-Unis 74ème.
II.2 Le secteur public assume la responsabilité du financement et de la fourniture des services sociaux pour l’ensemble des citoyens. Ainsi :
- L’objectif ultime de l’Etat-providence dans les pays nordiques est de garantir l’existence d’un filet de sécurité à l’ensemble des citoyens.
- Le financement de la protection sociale n’est pas assuré par l’endettement.
- La fiscalité ne pèse pas sur la compétitivité prix des entreprises.
II.3 Les résultats obtenus en la matière par les pays nordiques reposent sur :
- Une fiscalité qui pèse peu sur la formation des prix et qui n’handicape pas l’activité économique. La clé de cette fiscalité réside dans une assiette élargie par rapport à la situation française caractérisée par de nombreuses exonérations fiscales.
- Une flexibilité rendue possible par une concertation généralisée entre les partenaires sociaux au sein de l’entreprise (détermination des salaires, des conditions de travail,…). Les pays nordiques se caractérisent par la réticence du législateur à intervenir dans les matières relevant de la compétence des partenaires sociaux.
- L’absence d’un statut de la fonction publique qui permet un ajustement plus rapide des effectifs et des compétences.
- Une saine gestion des finances publiques en raison du contrôle exercé par le Parlement. Contrôle qui repose sur des simulations des trajectoires d’endettement.
- La qualité de la gestion de l’argent public se retrouve dans le classement des pays les moins corrompus, établi chaque année par l’ONG Transparency International :
- 1er ex-aequo : Finlande et
Islande
- 4ème Danemark
- 6ème Suède
- 8ème Norvège
A titre de comparaison : Royaume-Uni 11ème, France 18ème et Etats-Unis 20ème.
- Un taux d’activité très important pour assurer le financement de la protection sociale :
- 80,4% au Danemark
- 74,3% en Finlande
- 86,7% en Islande
- 78,9% en Norvège
- 78,6% en Suède
- A titre de comparaison, 69,3% en France (source OCDE, 2005).
- Un investissement important dans l’éducation et la formation professionnelle afin d’assurer la reconversion des individus pour accompagner les mutations de l’activité économique.
- Une forte attractivité de l’économie attestée par l’indicateur d’attractivité établi chaque année par le
Forum économique mondial (source FEM 2006) :
- 1er Finlande
- 2ème Suède
- 3ème Danemark
- 5ème Islande
- 7ème Norvège
A titre d’exemple : Etats-Unis 4ème, Royaume-Uni 13ème, France est 32ème.
- Cet excellent classement tient notamment à l’importance des nouvelles technologies. Le classement de l’intensité technologique des économies dressé par le Forum économique mondial révèle ainsi que :
- 3ème Suède
- 4ème Finlande
- 7ème Danemark
- 8ème Islande
- 12ème Norvège
A titre de comparaison : Etats-Unis 1er, Royaume-Uni 17ème et France est 31ème.
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