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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 20:07

L’Islande a bénéficié de la plus forte croissance des pays développés entre 2003 et 2007. Elle disposait d’un niveau de vie parmi les plus élevés de l’OCDE et son taux d’emploi était de 85% en 2007. En outre, L’Islande partageait avec la Norvège la première place au classement des nations établi sur le fondement de l’indice de développement humain. Une partie de ses performances tenait à l’expansion remarquable du secteur financier islandais qui s’est opérée dans le sillage de la privatisation des établissements bancaires de l’île en 2003. Les trois principales banques islandaises se sont lancées dans un processus d’internationalisation les conduisant à acquérir 22 compagnies financières étrangères entre 2004 et 2006. Le secteur financier islandais représentait ainsi 960% du PIB national en 2008. Cette croissance a toutefois été obtenue au prix d’une hausse spectaculaire de l’endettement extérieur islandais qui représentait 180% du PIB en 2003, 310% en 2004, 440% en 2005, 570% en 2006, 670% en 2007 et 880% du PIB en 2008.

 

La création monétaire opérée par les principales banques islandaises sous la forme de distribution de crédits a servi de fondement à leur expansion. Les banques islandaises ont ainsi utilisé pleinement les innovations de l’ingénierie financière telles que la titrisation et les dérivés de crédit pour accorder des emprunts tout en respectant les normes prudentielles définies par les ratios Cooke et McDonough. Les banques islandaises ont ainsi eu recours à la titrisation pour transformer des actifs traditionnellement non liquides, comme les hypothèques, en titres négociables sur le marché. Elles ont également eu recours aux dérivés de crédit (CDS) pour assurer leur expansion tout en diminuant leur profil de risque. Ces techniques ont permis aux établissements islandais de porter leur ratio de tier one de 14% à 25,6% de 2000 à 2006, tout en augmentant leur émission de crédits de 61% entre 2005 et 2006. Ces montages n’ont toutefois pas résisté à la raréfaction du crédit sur les marchés internationaux ainsi qu’à l’augmentation des spreads pour les CDS.

 

Le Parlement islandais, l’Althing, se résolut ainsi le 6 octobre 2008 à adopter une loi autorisant l’autorité de supervision financière à disposer de pouvoirs spéciaux. Dès le 7 octobre, l’autorité utilisait ses nouveaux pouvoirs pour procéder à la nationalisation de Landsbanki et Glitnir et à celle de Kaupthing le lendemain. Le coût de ces nationalisations a déjà conduit l’endettement public à atteindre 111% du PIB en 2008 alors qu’il ne représentait que 24% du PIB en 2007. La défiance entre les  agents économiques conjuguée au rationnement des liquidités a provoqué une contraction de l’offre de crédit qui affecte la croissance islandaise. L’économie islandaise est ainsi entrée en récession dès 2008 et devrait connaître une contraction du PIB de l’ordre de 10% au cours de l’année 2009. L’inflation a dépassé 20% au cours du quatrième trimestre 2008 et a atteint 11,3% pour l’ensemble de l’année avec des conséquences particulièrement graves pour les ménages disposant de prêts à taux variables. Enfin, le taux de chômage qui atteignait 1% en 2007 devrait atteindre 9,5% en 2008 et 10% en 2009.

 

L’effondrement du système bancaire et financier islandais a donc profondément déstabilisé la société islandaise. Les manifestations organisées dans les rues de Reykjavik ont contribué à la chute du gouvernement en mettant en lumière la défiance de la société islandaise envers ses anciens responsables politiques. L’Alliance sociale-démocrate a donc pu former le 1er février 2009 un gouvernement provisoire avec la gauche rouge-verte. Les résultats des élections législatives anticipées organisées le 25 avril 2009 a donné la majorité à la coalition de gauche inédite dans l’histoire de l’Islande. L’alliance sociale démocrate devient le premier parti politique islandais avec près de 30% des suffrages mettant ainsi à terme à plus 65 années de domination consécutive du parti conservateur dénommé « parti de l’indépendance ». Ce dernier n’a réuni que 23,7% des suffrages alors que le parti de la gauche verte a rassemblé près de 22% des voix.

 

Ces résultats ouvrent la voie à une demande d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne. En effet, l’alliance sociale démocrate a indiqué qu’elle solliciterait une adhésion à l’UE à l’issue des élections législatives. Le parti de la gauche verte, traditionnellement opposé à cette adhésion, a indiqué lors de son congrès qu’il se contenterait d’un seul référendum au moment de l’adhésion. Les Islandais sont toutefois divisés sur cette question puisque 6 points séparent partisans et opposants à l’adhésion. En tout état de cause, l’Europe sera au sommet de l’agenda politique islandais dans les années à venir alors que le sujet était encore tabou avant la crise. L’Islande nous démontre ainsi que les conséquences politiques de la crise financière peuvent être insoupçonnables.

Ce texte est un résumé de l'article qui paraîtra sous le même titre dans le numéro 19 de la revue Nordiques.

Crédit photographique:
FreeDigitalPhotos.net

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commentaires

immobilier 12/10/2009 16:30


C'est en effet tout a fait exact.
Je le reconnais tout à fait. Le commerce extérieur tourné massivement autour des produits de la mer joue un role important dans son économie. Mais celle-ci repose surtout sur le secteur financier.


immo 08/10/2009 12:33


Effectivement 2003 à 2007, il s'agissait d'une période d'euphorie, pour les produits financiers et l'immobilier.
L'islande ne possède pas d'industrie, ni d'agriculture, c'est une société de services. La crise a donc balayé facilement cette Economie.


Cyril Coulet 09/10/2009 22:45


Il y a encore les pêcheries et les usines de production d'aluminium. En outre, l'Islande dispose de gisements d'hydrocarbures. Les secteurs primaire et secondaire ont donc un poids
économique non négligeable en Islande.  


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