La persistance d'un taux élevé de syndicalisation en Suède est remarquable au regard de la situation prévalant en France notamment. il est important de chercher à en comprendre les causes afin de
mieux saisir la singularité française.
La persistance d'un taux élevé de syndicalisation en Suède est remarquable au regard de la situation prévalant en France notamment. il est important de chercher à en comprendre les causes afin de
mieux saisir la singularité française.
Les pays nordiques présentent les taux de syndicalisation les plus élevés des pays industrialisés. La Finlande, la Suède, le Danemark et l’Islande sont ainsi les seuls pays à présenter un taux de syndicalisation supérieur à 70% comme cela ressort du tableau ci-dessous.
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|
Finlande |
Suède |
Norvège |
Danemark |
Islande |
France |
|
1970 |
51,3 |
67,7 |
56,8 |
60,3 |
* |
21,7 |
|
1980 |
69,4 |
78,0 |
58,3 |
78,6 |
66,2 |
18,3 |
|
1990 |
72,5 |
80,8 |
58,5 |
75,3 |
96,4 |
10,1 |
|
2000 |
75,0 |
79,1 |
53,7 |
73,3 |
83,9 |
8,2 |
|
2003 |
74,1 |
78,0 |
53,3 |
70,4 |
85 |
8,3 |
* Données non disponibles
Les syndicats nordiques présentent des caractéristiques communes :
▪ La reconnaissance mutuelle des partenaires sociaux par de grands accords fondateurs :
- Compromis de septembre en 1899 au Danemark.
- Accord fondateur de 1935 en Norvège.
- Accord de Saltsjöbad en 1938 en Suède.
- Instauration des négociations centralisées des salaires en 1968 en Finlande.
▪ L’avènement d’une société salariale encadrée par les confédérations syndicales :
- Les syndicats nordiques ont promu la consécration du salariat comme norme sociale par rapport aux travailleurs indépendants.
- La très forte structuration du patronat a appelé une forte structuration syndicale en opposition.
▪ L’instauration de négociations salariales centralisées, rendues possibles par :
- Des confédérations patronales et syndicales puissantes et représentatives.
- L’absence de détermination d’un salaire minimum par la loi.
- La résistance des confédérations syndicales à la décentralisation des négociations salariales au niveau de l’entreprise.
▪ La reconnaissance exclusive des syndicats comme sujets de droit, producteurs de normes :
- Les salariés ne sont pas en tant que tels les sujets de droit capables de conclure des accords collectifs.
- Le législateur est réticent à interférer dans le champ dévolu aux partenaires sociaux.
▪ L’Etat agit comme un tiers acteur, garant des grands équilibres macroéconomiques :
- L’Etat intervient comme médiateur en cas de conflit social afin de trouver une issue pacifique.
- L’Etat est le garant du respect des objectifs d’inflation dans les négociations salariales.
Les deux tableaux suivants laissent apparaître la spécificité des pays nordiques et de la France dans le champ syndical international :
▪ La Finlande, la Suède et le Danemark présentent les plus forts taux de syndicalisation parmi les pays industrialisés avec des taux supérieurs à 70%.
▪ La Norvège et la Belgique présentent des taux de syndicalisation supérieurs à 50%.
▪ La France présente le taux de syndicalisation le plus faible de tous les pays industrialisés avec moins de 10% de salariés syndiqués.
Tableau n°1 : Taux de syndicalisation dans 23 pays industrialisés entre 1970 et 2003 (en%)
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|
Etats-Unis |
Canada |
Australie |
Japon |
UE |
Allemagne |
France |
Italie |
R-Uni |
|
1970 |
23,5 |
31,6 |
50,2 |
35,1 |
37,8 |
32,0 |
21,7 |
37,0 |
44,8 |
|
1980 |
19,5 |
34,7 |
49,5 |
31,1 |
39,7 |
34,9 |
18,3 |
49,6 |
50,7 |
|
1990 |
15,5 |
32,9 |
40,5 |
25,4 |
33,1 |
31,2 |
10,1 |
38,8 |
39,3 |
|
2000 |
12,8 |
28,1 |
24,7 |
21,5 |
27,3 |
25,0 |
8,2 |
34,9 |
36,1 |
|
2003 |
12,4 |
28,4 |
22,9 |
19,7 |
* |
* |
8,3 |
33,7 |
29,3 |
Tableau n°2 : Taux de syndicalisation dans 23 pays industrialisés entre 1970 et 2003 (en%)
|
|
Finlande |
Suède |
Norvège |
Danemark |
Pays-Bas |
Belgique |
Espagne |
Autriche |
|
1970 |
51,3 |
67,7 |
56,8 |
60,3 |
36,5 |
42,1 |
* |
62,8 |
|
1980 |
69,4 |
78,0 |
58,3 |
78,6 |
34,8 |
54,1 |
12,9 |
56,7 |
|
1990 |
72,5 |
80,8 |
58,5 |
75,3 |
24,3 |
53,9 |
12,5 |
46,9 |
|
2000 |
75,0 |
79,1 |
53,7 |
73,3 |
23,1 |
55,6 |
16,1 |
36,5 |
|
2003 |
74,1 |
78,0 |
53,3 |
70,4 |
22,3 |
* |
16,3 |
* |
* Données non disponibles
La faiblesse du syndicalisme en France est frappante au regard de la situation prévalant dans les pays scandinaves. Alors que la Suède ou le Danemark- pour ne citer que ces pays- connaissent des taux de syndicalisation de 80%, la France atteint 8% dont 5% seulement dans le secteur privé.
Cette situation est encore renforcée par l’éclatement du paysage syndical français qui comprend 7
centrales différentes pour les seuls salariés :
- la CGT
- la CFDT
- la CGT-FO
- la CFE/CGC
- la CFTC
- SUD
- l’UNSA
La variable culturelle est régulièrement mise en avant pour expliquer l’importance de la syndicalisation en Suède par rapport à la France. Il semble toutefois que les différences entre les sociétés françaises et suédoises permettent surtout d’expliquer les divergences dans le répertoire de l’action collective.
La différence entre les taux de syndicalisation tient également au contexte juridique qui assure aux syndicats français une présomption de représentativité et des moyens financiers indépendamment de leur représentativité réelle. Ainsi, le cumul des fonctions de délégué syndical, de représentant du personnel et de membre des comités d’entreprise ou des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail a induit une dissociation croissante entre les représentants des syndicats et les salariés.
Les syndicats français sont les grands perdants de cette situation puisqu'ils se retrouvent dépendants de l'Etat. En outre, le rapport entre les confédérations patronales et les confédérations syndicales est autant fondé sur le dialogue que sur l’opposition. Or la faible capacité des mobilisations syndicales en France en dehors de certains bastions, tels que les anciennes entreprises publiques, est préjudiciable aux intérêts des salariés.
Ainsi, les négociations salariales se déroulent en France au sein de l’entreprise entre la direction et chaque salarié. Les salariés français ont ainsi perdu une capacité d’influence sur la détermination de leur rémunération. En outre, les primes concédées aux salariés sont souvent la contrepartie d’une dégradation des conditions de travail.
La remise en question de la présomption irréfragable de représentativité peut être l'occasion d'une redéfinition
du rôle des syndicats en France. Il appartient toutefois à l'ensemble des acteurs d'assumer leurs responsabilités dans ce processus. Les syndicats, le patronat et l'Etat pourraient se départir
des anciennes habitudes et redéfinir leurs rapports.
En effet, la faiblesse du syndicalisme en France n'est pas que le fait des syndicats. Elle concerne également le patronat qui est trop souvent hostile à l'émergence d'une
organisation représentative des employés. Elle concerne aussi l'Etat qui a trop souvent adopté la position du tuteur des relations sociales.
Pour une analyse éclairée et sans concession du syndicalisme français, veuillez cliquer ici.
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