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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 09:24

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La revue Nordiques vient d'éditer son dernier numéro que j'ai eu le plaisir de coordonner en qualité de rédacteur en chef invité. 

 

 

Ce numéro ambitionne de donner à ses lecteurs un éclairage sur les évolutions actuelles que connaissent les sociétés nordiques. Tout d’abord, l’empreinte de la crise économique est abordée dans des pays caractérisés par une forte dépendance à l’égard des cycles de l’économie internationale. Le degré d’internationalisation des économies nordiques est ainsi supérieur à la moyenne de l’OCDE, à l’exception de la Norvège dont l’économie repose sur un vaste secteur protégé. Les pays nordiques ont ainsi connu une récession économique qui les conduit à réajuster leur organisation sociale comme l’illustrent les contributions d’Alain Lefebvre sur la Finlande ou de Christian Lyhne Ibsen sur le Danemark.

 

Les travaux de Peter Katzenstein avaient abordé la problématique de la vulnérabilité des petits pays aux variations de l’économie internationale[1]. Ils se concluaient par les effets positifs de cette vulnérabilité sur la cohésion sociale. Cette dernière est toutefois mise à l’épreuve par la crise économique actuelle comme l’illustre la percé du parti des « démocrates de Suède » lors des élections du 19 septembre 2010. En recueillant 5,7 % des suffrages, cette force politique a attiré l’attention des médias sur le malaise qui saisit les sociétés des pays nordiques face à l’immigration. A ce sujet, André Gjrebine nous offre ainsi une réflexion sur l’extrême droite dans les pays nordiques en étudiant le parti du progrès au Norvège.

 

Enfin, Anna Stellinger livre une analyse de la présidence suédoise de l’Union européenne. Elle démontre ainsi comment la Suède traditionnellement eurosceptique a finalement embrassé le projet européen. Les pays nordiques font ainsi écho aux grands débats qui traversent la société française. 


Ce numéro peut être commandé ici. Il est aussi disponible à la consultation dans toutes les bonnes bibliothèques.


[1] Voir notamment Peter Katzenstein, Small States in World Markets : Industrial Policy in Europe, Ithaca, New York, Cornell University Press, 1985 et Peter Katzenstein, Small States and Small States Revisited, New Political Economy, Vol. 8, No. 1, 2003.

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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 10:35
 

 

I. La « flexicurité » ou la nouvelle politique active de l’emploi

 

 

I.1 Concept originellement danois qui fait irruption sur la scène politique française en 2005 à l’occasion du débat sur le contrat nouvel embauche (CNE). La flexicurité concilie flexibilité du marché de l’emploi et sécurisation des parcours professionnels.

 

Un degré de rigidité du marché du travail marqué par de fortes disparités mais plus faible qu’en France. Les chiffres cités ne concernent que l’emploi privé (source OCDE):

 
- France indice de rigidité= 2,9 sur 6

- Suède et Norvège = 2,7

- Finlande = 2,2

- Danemark = 2

- Royaume-Uni = 1,1

- Etats-Unis= 0,6

 

I.2 La flexibilité porte sur l’offre de travail en accompagnant l’évolution des compétences par le biais de la formation continue.

 

La sécurisation des parcours professionnels est opérée par l’importance des actions de formation complétées par un revenu de remplacement élevé au travers des allocations chômage.

 

II. Le renouveau de l’Etat-providence

 

La réduction des déficits publics pour assurer le respect de la contrainte budgétaire inter temporelle de la nation.
 

II.1 Des interventions contra cycliques afin de stabiliser l’activité économique.

 

- La diminution de l’endettement public offre des marges de manœuvre pour des mesures discrétionnaires de relance de l’activité.

- En revanche, les dispositifs de relance peuvent disparaître lorsque l’économie retrouve son sentier de croissance.

 

II. 2 La définition d’une stratégie pour assurer la viabilité financière de l’Etat providence. Trois stratégies disponibles :

 

-  L’augmentation des prélèvements obligatoires qui n’est dans les faits mis en œuvre par personne.

- Le recours à l’endettement public qui est la stratégie française n’est pas mise en œuvre dans les pays nordiques.

- Le relèvement du taux d’activité conjugué à une diminution des dépenses publiques afin de dégager les excédents nécessaires pour financer la hausse des coûts qui résulteront de l’allongement de la durée de vie.

 

II.3 La redéfinition du rapport entre l’Etat et l’individu qui s’appuie sur le développement de la responsabilisation de l’individu dans son rapport à la collectivité.

 

III. La mutation des syndicats

 

III.1 Le facteur historique.

Des syndicats qui acceptent assez tôt de négocier avec le patronat :

- Compromis de septembre en 1899 au Danemark :
reconnaissance syndicale de la liberté de l’employeur d’embaucher et de débaucher.


- Accord de Saltsjöbad en Suède en 1938 : encadrement du droit de grève.
Il ne peut porter sur un point contenu dans une convention collective pendant l’application de celle-ci. De même, la grève est impossible en l’absence de négociations préalables.


- Taux de syndicalisation supérieur à 80%.

 

III.2 Le facteur juridique.

Rôle effacé du législateur et du gouvernement dans la détermination des règles applicables au marché du travail :

- Absence de procédures réglementaires d’extension des accords collectifs.


- Absence de salaire minimum.


- Institution d’un médiateur pour prévenir les conflits sociaux.


- Négociations au niveau du secteur et de l’entreprise.


- Implication des acteurs syndicaux dans la prise de décision et dans la mise en œuvre de certaines politiques publiques
(historiquement : participation aux institutions en charge de la politique de l’emploi).

 

III.3 La remise en question des moyens traditionnels de l’action collective :

- Remise en cause du corporatisme et du système de Gand en Suède.


- Introduction de minima sociaux non conventionnels en Suède et au Danemark avant l’entrée dans l’UE.


- Diminution de l’influence des syndicats dans la conduite de la politique de l’emploi en Suède et au Danemark.


- Rupture du lien organique unissant la confédération syndicale LO et le parti social-démocrate.

 

Les acteurs syndicaux ont accepté de remettre en cause un très grand nombre de leurs instruments traditionnels d’action en vue d’accompagner les mutations de l’économie et de la société. Ainsi, les syndicats ont essayé de promouvoir la féminisation de leurs adhérents.

 
IV. Le « développement durable » ou l’éthique appliquée à l’économie

 

Le rapport Brundtldand qui porte le nom de l’ancien premier ministre norvégien qui est à l’origine du concept de « développement durable ». Elle a forgé ce concept à l’occasion de son travail de rapporteur pour la Commission mondiale sur l’environnement et le développement en 1987.

- Un concept vaste : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

- Un concept qui essaye d’associer protection des ressources et développement économique.


- Un concept qui assure l’égalité entre les générations.


- Un concept ancré dans le mode de vie des sociétés nordiques
avec une attention particulière portée à la nature et à la collectivité.

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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 00:04

I. Le modèle suédois : retour sur un concept ancien

 

I.1 Le concept de modèle suédois est apparu pour la première fois sous la plume d’un journaliste américain en 1936 : Marquis William Child. Son livre intitulé Sweden the Middle Way visait à mobiliser la référence à la Suède comme soutien à la politique du New Deal initiée aux Etats-Unis. L’ironie est qu’à l’époque aucun des éléments constitutifs du modèle suédois n’existe encore.

 

I.2 Le modèle suédois est mis en œuvre en 1957. Il est défini par deux économistes affiliés à la confédération syndicale LO : Gösta Rehn et Gustaf Meidner. Ce modèle repose sur les éléments suivants :

 

- Une politique de détermination équitable des salaires qui s’appuyait sur :


   - Une  négociation centralisée des salaires entre la confédération syndicale LO et la confédération patronale SAF instituée par les accords de Saltsjöbad en 1938.

    - L’application du principe d’une rémunération égale à travail égal quelle que soit la branche.

 

- Une politique active de l’emploi qui accompagnait les restructurations industrielles au travers :

 
   - de la formation professionnelle.

   - des aides à la mobilité géographique.


   - de la constitution d’un service public de la petite enfance pour favoriser l’emploi des femmes.


   - d’aides ponctuelles à l’embauche pour les entreprises en expansion.

 

- Une politique fiscale restrictive afin de :

 
   - limiter l’inflation en ponctionnant les excédents de revenus.

 

- Une politique budgétaire et monétaire restrictive qui avait une double vocation :

    - limiter l’inflation.

  - constituer une réserve financière publique afin de disposer de capacités excédant les stabilisateurs automatiques en phase basse du cycle économique.

 

II. Le retour en grâce des pays scandinaves : le modèle nordique

 

II.1 A la fin des années 1990, le modèle nordique commence à redevenir une référence au niveau international consécutivement aux réformes entreprises au cours de la décennie 1990. Il présente toutefois un paradoxe au regard des prescriptions internationales puisqu’il repose sur :

Un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde :

 

- 51% en Suède

- 50% au Danemark

- 44,5% en Norvège et en Finlande

- 41% en Islande

- 44,2% en France


Un consensus social autour des prestations sociales élevées qui résiste à l’alternance politique au Danemark en Suède. Dépenses sociales :

 

- 41,4% des dépenses publiques au Danemark

- 42,9% en Suède

- 42,3% en Finlande

- 38,9% en Norvège


Existence d’une forte homogénéité sociale mesurée par le coefficient de Gini  (seuil de pauvreté monétaire correspondant à la moitié du revenu moyen des ménages). Le taux de pauvreté est de 9% dans l’ensemble des sociétés nordiques, à l’exception de l’Islande où il atteint 10% contre 16% en France (en 2000).

 

Résultats du coefficient de Gini (données 2005, PNUD) :

 
   - 1er Danemark

   - 3ème Suède

   - 6ème Norvège

   - 10ème Finlande

 

A titre de comparaison : France 34ème, Royaume-Uni 51ème et Etats-Unis 74ème.

 

II.2 Le secteur public assume la responsabilité du financement et de la fourniture des services sociaux pour l’ensemble des citoyens. Ainsi :

 

  - L’objectif ultime de l’Etat-providence dans les pays nordiques est de garantir l’existence d’un filet de sécurité à l’ensemble des citoyens.

  - Le financement de la protection sociale n’est pas assuré par l’endettement.

  - La fiscalité ne pèse pas sur la compétitivité prix des entreprises.

 

II.3 Les résultats obtenus en la matière par les pays nordiques reposent sur :

- Une fiscalité qui pèse peu sur la formation des prix et qui n’handicape pas l’activité économique. La clé de cette fiscalité réside dans une assiette élargie par rapport à la situation française caractérisée par de nombreuses exonérations fiscales.

 

- Une flexibilité rendue possible par une concertation généralisée entre les partenaires sociaux au sein de l’entreprise (détermination des salaires, des conditions de travail,…). Les pays nordiques se caractérisent par la réticence du législateur à intervenir dans les matières relevant de la compétence des partenaires sociaux.

 

- L’absence d’un statut de la fonction publique qui permet un ajustement plus rapide des effectifs et des compétences.

 

- Une saine gestion des finances publiques en raison du contrôle exercé par le Parlement. Contrôle qui repose sur des simulations des trajectoires d’endettement.

 

- La qualité de la gestion de l’argent public se retrouve dans le classement des pays les moins corrompus, établi chaque année par l’ONG Transparency International :


   
- 1er ex-aequo : Finlande et Islande
   - 4ème Danemark

   - 6ème Suède

   - 8ème Norvège


A titre de comparaison :
Royaume-Uni 11ème, France 18ème et Etats-Unis 20ème.

 

- Un taux d’activité très important pour assurer le financement de la protection sociale :

 
- 80,4% au Danemark
- 74,3% en Finlande
- 86,7% en Islande 
- 78,9% en Norvège
- 78,6% en Suède
- A titre de comparaison, 69,3% en France (source OCDE, 2005).

 

- Un investissement important dans l’éducation et la formation professionnelle afin d’assurer la reconversion des individus pour accompagner les mutations de l’activité économique.

 

- Une forte attractivité de l’économie attestée par l’indicateur d’attractivité établi chaque année par le Forum économique mondial (source FEM 2006) :

   - 1er Finlande

   - 2ème Suède

   - 3ème Danemark

   - 5ème Islande

   - 7ème Norvège


A titre d’exemple :
Etats-Unis 4ème, Royaume-Uni 13ème, France est 32ème.

 

- Cet excellent classement tient notamment à l’importance des nouvelles technologies. Le classement de l’intensité technologique des économies dressé par le Forum économique mondial révèle ainsi que :

 
    - 3ème Suède

   - 4ème Finlande

   - 7ème Danemark

   - 8ème Islande

   - 12ème  Norvège


A titre de comparaison :
Etats-Unis 1er, Royaume-Uni 17ème et France est 31ème.

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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 12:15


 

 I. Pays nordiques ou Scandinavie ?

 

I.1 La Scandinavie au sens strict :

Un ensemble géographique : la péninsule scandinave comprenait originellement trois entités politiques majeures que sont le Danemark, la Suède et la Norvège. Le Danemark n’est toutefois plus présent en Scandinavie depuis 1814, date à laquelle la Norvège passe sous souveraineté suédoise. Il est à noter que les trois pays ont été réunis sous l’autorité d’un même souverain lors de l’Union de Kalmar de 1397 à 1523. 

Une homogénéité de la population : deux vagues consécutives de migration de peuplades indo-européennes en – 3000 et en – 1800. Cette région a été historiquement une terre d’émigration (colonisation de l’Islande et du Groenland, grandes invasions en Europe (Cimbres, Teutons, Burgondes, Ostrogots, Visigots,…), tentatives d’implantation coloniale suédoise en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Afrique,…). Elle n’est devenue une terre d’immigration qu’à partir de la seconde moitié du XXème siècle à la faveur de son expansion économique et en raison d’une application généreuse du droit d’asile

Une forte proximité linguistique : une branche septentrionale du germanique, désigné sous l’appellation de proto-norois qui subsiste encore en Islande. Les quatre langues scandinaves (deux langues parlées en Norvège : le nynorsk et le bokmål) sont extrêmement proches même si elles diffèrent dans leur prononciation.   

Il résulte de l’ensemble de ces facteurs le sentiment d’une communauté de destin qu’exprimeront notamment le scandinavisme (courant prônant l’union politique des Scandinaves au XIXème siècle) ainsi que la création du Conseil nordique.

I.2 Les pays nordiques
 regroupent les trois pays précités et les territoires qu’ils ont colonisé soit : 

- La Finlande
(possession suédoise de 1249 à 1809) indépendante de la Russie depuis 1917. Pays de cinq millions d’habitants dont la population n’est pas indo-européenne comme en atteste la pratique du finnois, langue finno-ougrienne. Cette dernière présente surtout des similitudes avec l’eesti (langue parlée par les Estoniens). L’origine et l’histoire de cette population restent toutefois inconnues. L’appartenance de la Finlande au bloc nordique résulte de sa localisation géographique ainsi que des liens étroits tissés avec la Suède (minorité suédophone comprenant 300 000 personnes en Finlande).


- L
’Islande (colonie de peuplement viking à partir de 874, possession norvégienne puis danoise) indépendante depuis 1944.

- L
es îles Féroé (possession danoise).

- L
e Groenland (possession danoise).

- L’archipel d’Åland
(territoire autonome finlandais depuis 1921) : communauté suédophone.

Ces Etats et territoires sont membres du Conseil nordique fondé en 1952.

Les ressortissants de ces territoires bénéficient à ce titre de l’Union nordique des passeports depuis 1958 (à l’exclusion du Groenland). 

Ils bénéficient également de la création d’un marché de l’emploi nordique depuis 1954 ainsi que d’un régime commun de Sécurité sociale.

II. Les pays nordiques en chiffres : 

946.000.000.000$ soit 1,4% du PNB mondial. France représente 2,8% du PNB mondial. 

24.771.000 habitants soit 0,37% de la population mondiale. France représente 1% du PNB mondial. 

L’ensemble des pays nordiques est situé dans le neuvième décile de l’Indice de Développement Humain du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

L’indice de développement humain prend en considération trois critères

- La qualité de l’encadrement sanitaire des populations
mesurée par l’espérance de vie à la naissance.


- La qualité du système éducatif
mesurée par le taux d’alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation.


- Le niveau de vie
appréhendé au travers du revenu par habitant, mesuré en parité de pouvoir d’achat.

Résultats (données 2005, PNUD): 

- 1er Norvège

- 2ème Islande

- 6ème Suède

- 13ème Finlande

- 14ème Danemark

A titre de comparaison, les Etats-Unis sont classés en 10ème position, le Royaume-Uni est 15ème et la France 16ème


En conclusion, on assiste à la surreprésentation des pays nordiques dans le groupe des pays les plus développés.

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Présentation

  • : L'expérience des pays nordiques: une source d'inspiration pour la France?
  • L'expérience des pays nordiques: une source d'inspiration pour la France?
  • : Les pays nordiques accumulent les paradoxes: syndicalisme fort et dialogue social, libéralisme économique et cohésion sociale, services publics performants et absence de statut de la fonction publique ... Ces contradictions apparentes méritent un détour par le nord.
  • Contact

Profil

  • Cyril Coulet
  • Spécialiste des pays scandinaves. Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante : cyril.coulet@gmail.com
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